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Russie - Moscow


de Vincent et Claude, 24-06-2007

Ulaan-Baatar – Mockba : 5 jours de train, 6 300 km et 10 000 images plein les yeux.


Notre arrivee a la gare d’Ulaan-Baatar a ete un peu epique. Alors que Nassan nous avait dit que le trajet en taxi nous couterait 1000 tugrits maximum, notre chauffeur nous l’a facture 1600… et nous n’avions pas plus de 1030 tugrits en poche, ayant change tout le reste en roubles (la monnaie russe) plus tot. Difficile a expliquer quand on ne parle que francais ou anglais en Mongolie ! Nous avons tout de meme trouve la solution avec un billet de 1 dollar que nous avions garde.
 
Tout de suite après, nos bagages ont ete deposes sur un chariot de la gare qu’un type s’est empresse de pousser jusqu’a la salle d’attente. Nous avions le naif espoir qu’il etait employe par la gare, mais comme redoute, il est reste debout a attendre devant nous que nous le payions pour ce transport de 50 metres. Avec seulement des roubles et 30 tugrits gardes en souvenir, ca ne nous amenait pas loin, d’autant plus qu’il voulait 5000 roubles ou 5 dollars (soit le meme prix que notre trajet entre Moron et Khatgal : 2h30 a 3h00 de voiture !).
 
Une fois de plus, la discussion n’etait pas facile, lui parlant uniquement en Mongol, et nous, repondant en francais (quitte a ne pas etre compris, autant le faire correctement dans sa langue maternelle, et pas en anglais !). C’est un couple d’americains que nous avions rencontre a notre guesthouse, Yasmine et Drew, qui nous a sorti de ce petrin en ajoutant 1 dollar aux 20 roubles que nous avions laisse a ce type. Au total, un peu plus que le prix d’un repas dans un petit restaurant.
 
Sur le quai, il y avait plus d’occidentaux que de Russes ou de Mongols. Nous nous sommes retouves dans un compartiment a 4 lits en compagnie d’une dame russe (la seule du wagon) ne parlant pas un mot d’anglais, de francais ou d’allemand, et de Christoph, un allemand vivant aux Pays-Bas. Le reste de la voiture etait tres cosmopolite : americains, australiens, anglais, et meme deux filles francaises dans le comportiment voisin. Tout le monde passait de compartiment en compartiment pour faire connaissance, donnant une ambiance agreable et bon enfant dans ce wagon.
 
Le trajet jusqu’a la frontiere nous a montre une Mongolie de cartes postales, avec ses paysages typiques de steppes, prairies et montagnes. Nous avons aussi fait connaissance avec nos compagnons de voyage et avec notre provonitza : Nikolai, un homme maniere, adorable, souriant, parlant un peu allemand et qui a un petit air d’Aldo Maccione.
 
L’approche de la frontiere a apporte un peu de mouvement dans le train. Des mongols et des russes ont demande a differentes personnes si elles pouvaient prendre avec elles des marchandises. Ils ne devaient en effet pas etre autorises a avoir autant de choses avec eux pour passer la frontiere. Notre voisin allemand s’est ainsi retrouve avec2 bouteilles de vodka. Notre voisine a recupere une vingtaine de bols chinois et on m’a propose une enorme bouilloire que je n’ai pas pris (trop peu credible : revenir de Mongolie avec une bouilloire neuve, plus grosse que la tente, ca aurait peut-etre fait gros vis a vis des douaniers).
 
Le passage de la frontiere s’est revele plus long que difficile. Les douaniers n’ont pas fouille les sacs 1 a 1. Ils ont juste fait une inspection complete du train et des compartiments, en ouvrant peut-etre quelques colis suspects par ci par la. D’un cote a l’autre de la frontiere, ca dure bien 5 ou six heures, mais comme ca se passe la nuit, les passagers sont assomes par la fatigue de l’attente et s’ecroulent de sommeil. Ils restent ainsi tranquilles sur leurs couchettes a la merci des douaniers.
 
Lors de cette experience, le plus impressionnant a ete ce jeune douanier Russe, blond, athletique, attendant le feu vert de la fille controlant les passeports pour fouiller le compartiment. Ce travail paraissait etre une recompense. Une fois l’autorisation donnee, il s’est rue a l’interieur, soulevant les sieges, les matelas, grimpant sur les lits pour mieux voir. Nous etions tous sortis du compartiment, et pendant 20 secondes, il y a eu comme une tornade “blonde” a l’interieur : tous les recoins ont ete fouilles, secoues, retournes bruyament. Nous etions soulages apres ca de voir les douaniers nous demander de rentrer dans notre compartiment pour poursuivre leur chemin. Nous avons recupere nos passeports “au milieu de la nuit”, la lueur du jour commencant a paraitre.
 
Au petit matin, Nikolai est passe dans chaque compartiment en disant : “Baikal !” Tout le monde s’est rue sur les fenetres pour contempler pendant plusieurs heures cet enorme et mythique lac. En meme temps que nous le regardions, nous realisions que la Mongolie etait bien derriere nous et que nous avions deja un petit apercu de la Siberie. A partir de la, plus de gers, plus de steppes desertiques, mais des petites maisons en bois, la taiga et de la verdure partout : un petit air des Vosges. C’est une impression etrange d’arriver dans un endroit et de superposer des paysages reels aux images que nous avions imagine dans nos reves !
 
Apres avoir longe le lac pendant plusieurs heures,nous sommes arrives a Irkoutsk, ou la quasi-totalite des voyageurs est descendue. Il faut croire que tout le monde est attire pour passer quelques jours au bord du lac. Nous aurions aussi aime passer du temps dans cette magnifique region, mais pour les raisons que nous avions deja evoquees, ce ne sera pas pour ce voyage.
Nous nous sommes finalement retrouves a 5 dans notre wagon : nous, Nikolai notre provonidza, notre voisine russe et les 2 francaises Sandrine et Elodie. Du coup, notre voisine russe a demenage, nous laissant seuls dans notre compartiment.
 
Nous avons bien sur sympathise avec Sandrine et Elodie et nous avons organise notre petite vie communautaire dans ce wagon. Cuisine et repas en commun et de qualite (dont 1 prepare par Nikolai), discussions des plus agreables avec d’autres passagers, blagues de Nikolai (“zug kaput, wagon klimatizatzion kaput, ich bin kaputt”)…  le voyage nous a presque paru court. En tout cas, nous ne nous sommes pas ennuyes.
 
A chaque arret, nous descendions du train pour trouver des choses a manger. Ca nous evitait les tarifs exhorbitants et surtout les morsures des employes du wagon restaurant. Meme aujourd’hui, nous n’avons pas encore rencontre de gens aussi malaimables ! Sur les quais, nous pensions trouver ces fameuses grand-meres vendant leurs plats traditionnels (les babouchkas), mais nous n’en avons presque pas vu. Malgre ca, quel plaisir de poser les pieds sur les quais de gares de villes dont nous ne connaissions que les noms lointains : Irkutsk, Novossibirsk, Ekaterinbourg, Perm, Nijni-Novgorod… quand j’etais adolescent, ces noms que je voyais sur la carte du sous-main de mon bureau me fascinaient : c’etaient des villes du bloc sovietique, inacessibles. Aujourd’hui, je sais que je peux y aller. J’y suis meme passe ! Mais a chaque fois, nos petites promenades cessaient lorsque Nikolai nous annoncait “schnell, schnell” pour que le train ne reparte pas sans nous.
 
Un soir, un Russe bien emmeche, qui se sentait seul dans son wagon s’est joint a nous. Il voulait absolument discuter mais ne parlait que Russe. C’est le genre de situations qui amene des incomprehensions hilarantes. Avant de comprendre que ce jeune homme etait dans l’armee, nous avons cru qu’il chassait des chauve-souris en Afghanistan. Quant a sa soeur (il faut absolument que nous fassions des recherches la-dessus), elle serait actrice en Australie et aurait eu 2 oscars !
 
Avant d’arriver a Moscou, des Mongols voyageant dans un wagon voisin, ont vu un jeu d’echec pose dans notre compartiment. Ca les a forcement chatouilles et nous nous sommes rapidement retrouves a jouer ensemble quelques parties acharnees que je n’ai pas perdues a chaque fois.
 
Ce voyage en transsiberien restera pour nous un moment innoubliable. Les paysages traverses sont certes tres beaux (particulierement avant l’Oural, dans les plaines de Siberie), mais c’est surtout l’experience humaine qui rend ce voyage si particulier : les distractions (jeux d’echecs ou jeux de cartes) et les longues heures de discussions (malgre des difficultes de langage) nous rapprochent de nos voisins. Dans notre cas, nous avons tellement apprecie la compagnie des 2 autres francaises que nous avons decide de prolonger le voyage ensemble jusqu’a Saint-Petersbourg. Nous avons egalement echange nos adresses avec un Coreen et le couple d’americain rencontre plus tot en Mongolie.
 
Enfin, ce voyage est la plus agreable facon de se remettre en douceur dans l’ambiance du retour : une lente progression de la Mongolie a l’Europe, un repos prealable avant la tornade infernale qui s’appelle… Russie !

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