
Le voyage demande parfois des pauses. C’est ce que nous avons fait après notre viree au lac Khovsgol. Il nous a bien fallu une bonne semaine avant de repartir d’un nouveau pied. Nous ne savons pas tres bien si c’est le petit coup de blues que nous avons eu ou la fatigue que nous avons accumulee durant ce voyage, mais ce petit break etait necessaire, et comme toujours, instructif.
Lorsqu’on s’arrete, comme ca, on prend des habitudes, on rencontre (un peu malgre nous) des gens et on voit les choses differemment. En ce qui nous concerne, nous sommes restes dans notre camp de base (Nassan guesthouse), bien au calme. Nous y avons observe les gens s’installer dans le petit dortoir contigue au notre. Il n’y a pas eu beaucoup de passage, mais nous n’avons rencontre que des gens qui nous ont marque. Tout d’abord, il y eu Cassandra, une canadienne ayant vecu une quinzaine d’annees a New-York, et qui s’installe a Toronto a son retour de voyage. Elle revenait d’une ballade de quinze jours a cheval. Nous avons mis au moins une ou deux journees avant d’entrer reelement en contact avec elle. Et puis, la promiscuite de la cuisine partagee aidant, nous avons commence a discuter plus longuement,a nous echanger des tuyaux pour decouvrir Ulaan-Baatar et a parler de… voyage, bien sur. Elle nous a impressionne par sa soif de decouverte. Tous les jours, elle etait prete avant nous le matin et revenait le soir apres nous. Elle nous a offert de tres agreables discussions et nous esperons bien un jour aller la voir a Toronto ou a New-York. Par ce genre de rencontres, c’est comme si le voyage nourissait le voyage (decidement, je suis inspire par les nouvelles expressions sur le voyage). Les rencontres donnent de nouvelles opportunites de voyage et comme nous savons que tout est “facile”, nous nous projetons facilement dans un nouveau voyage. Pendant ce temps, nous avons revu Alon (l’israelien qui nous a accompagne au lac Khovsgol) au detour de l’immeuble de notre guesthouse. Ca fait drole, tout de meme : nous avons rencontre Alon la premiere fois au pied de cet immeuble, son chauffeur de taxi ne sachant pas ou se trouvait la guesthouse. Nous l’avons revu presqu’au meme endroit avant de partir pour le lac Khovsgol et de nouveau, alors qu’il y avait une chance sur mille pour que nous rencontrions, nous nous retrouvons au meme endroit, comme si le hasard voulait absolument que nous ne repartions pas sans nous echanger nos adresses. Fidele a lui meme, Alon avait entendu dire qu’il y aurait une initiation a la meditation et au bouddhisme dans un centre bouddhique de la ville. Apres tout, pourquoi pas ? Meditation et repos ne sont pas incompatibles et ca nous sortira un peu. Nous y sommes donc alles, avec un couple d’israeliens. A part une legere difficulte pour moi de supporter la position du lotus, la séance (dirigee par un suisse) s’est revelee instructive et nous a fait nous poser quelques questions, surtout apres avoir lu Siddhartha. Nous avons aussi regarde de maniere un peu plus critique certains moines, en voiture tunee, klaxonnant pour entrer plus vite dans leur temple… toujours ce decallage entre les discours et les faits ! Sur la route des rencontres, un couple de francais s’est installe egalement dans le petit dortoir, pour une nuit. Apparemment, ce sont des habitues de la Mongolie et des fondus de randonnee. Ils vont rester un mois et demi, et marcher un mois en autonomie dans l’ouest du pays (l’Altai). C’est le genre de projets qui nous fait rever, mais que nous ne nous sentons pas prets a realiser. Deja, physiquement, il faut pouvoir le faire... Allez, c’est decide : au retour, nous nous entrainerons les week-ends ! Ces quelques rencontres ont beaucoup participe a retrouver un peu de dynamisme dans le voyage et nous sommes repartis dans une decouverte methodique de la ville : chaque jour une nouvelle chose a voir ou a preparer. Musee d’histoire mongole, Palais du Bogd Khan, galerie d’art, preparation d’un voyage de trois jours au nord-est de la ville… de quoi occuper la fin de semaine et le debut de la suivante ! Une fois ce dynamisme retrouve, nous avons aussi rencontre Sylvain de Horseback Adventures. Nous avons papote un bon moment et il nous a appris qu’une personne du Petit Fute etait en cours de travail pour l’actuallisation du guide. Nous sommes bien contents de voir que l’editeur se lance dans ce travail. Nous avons en effet observe tellement d’imprecisions (sommets autour du lac Khovsgol plus bas que le lac lui-meme, echelle improbable de la carte de la Mongolie…) et de choses peu pratiques (descriptions d’endroits non references sur les cartes…) que nous avions peur a chaque fois que nous allions visiter quelque-chose que cette chose n’existe pas ou soit localisee ailleurs… Notre derniere rencontre est un couple de Neo-Zelandais de Wellington (Peter et Lea) avec qui nous passons des heures a discuter. Ils ont une cinquantaine d’annees et ont apparemment toujours eu envie de voyager. Seulement, emigres en Grande-Bretagne un peu apres leurs vingt ans, elle est tombee enceinte. Ils ont donc reporte longtemps leur envie. A present, ils s’en donnent a coeur joie : Amerique du Sud, Asie, Europe… Ce sont desormais de grands voyageurs, qui passent de dortoirs en dortoirs, avec trois fois moins de bagages que nous, heureux de rencontrer des gens differents, qui accomplissent juste un reve, comme de jeunes maries. Ils ont prevu de venir en France au mois d’aout, pour faire une portion du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Il est fort probable que nous les croisions a cette occasion ! Vous l’aurez peut-etre remarque, mais toutes ces rencontres ne nous ont pas rapproche de la population locale. Malheureusement, comme souvent lors de notre voyage, nous n’avons pas trouve les clefs pour partager un peu mieux la vie de gens habitant dans les villes visitees. D’ailleurs, a y reflechir, c’est comme ca depuis Hong-Kong. Probleme de culture, de langue, de difference de niveau de vie, de personnes rencontrees ? C’est vraiment difficile de savoir ce qui nous empeche de partager plus de moments avec des habitants, meme apres plus de 2 semaines dans la ville. Tout cela est peut-etre juste lie a un comportement different des civilisations occidentales ? Par exemple, nous ne sommes pas certains que prendre un verre au bar du coin soit dans les moeurs a Ulaan-Baatar. Il y a bien des bars, mais ils n’ont pas l’aspect de lieux de rencontres. Peut-etre qu’il nous faut alors pousser les portes des boites de nuit et des innombrables karaokes ? L’idee est interessante, mais ne nous emballe pas trop (dire que nous n’avons pas d’assez belles fringues pour sortir n’est qu’un pretexte). Avec ces questions en tete, nous sommes partis en voyage vers Terelj, le parc national le plus proche de UB, pour rester deux nuits chez une famille ayant etabli son campement autour du parc. A une heure de routes et de pistes de la ville.
Le parc en lui meme est magnifique, mais nous avons ete heureux de le quitter dans la journee. Il est truffe de camps de ger et parait tellement voue au tourisme que nous nous sentions presque mal a l’aise lorsque notre chauffeur (Diarah) nous transportait d’un endroit a l’autre, avec des vendeurs en tous genres a chaque fois… Bref, un parc pas vraiment pour nous ! Nous pourrons quand meme dire que nous l’avons vu et que ca a certainement ete merveilleux quelques dizaines d’annees auparavant. L’arrivee chez notre famille, ou nous sommes restes deux nuits, nous a laisse une autre impression, beaucoup plus agreable. Tarima et Sukhbat sont un couple avec quatre enfants, dont un seul vit “a la maison” (dans leur ger). La premiere impression nous a fait un peu peur : antenne TV a l’exterieur, deux motos en cours de reparation a l’arriere, groupe electrogene… Nous avons pense arriver plus chez des mecaniciens que chez des eleveurs. Puis nous avons decouvert petit a petit que les motos etaient les leurs, que la TV et le groupe electrogene ne servaient que ponctuellement (nous ne les avons jamais entendus) et surtout qu’ils vivaient comme de parfaits nomades, avec seulement quelques adaptations liees a leur epoque.
Nous n’avons rien visite de particulier. Nous avons seulement fait deux petites marches dans les montagnes des alentours de la ger. Nous n’avons pas non plus beaucoup discute : ils ne parlent pas un mot d’anglais, et le niveau du chauffeur est plutot faible. Nous avons en revanche pu partager d’excellents moments autour du foyer, a observer quelle extraordinaire organisation requiert la ger. Tout objet est utile regulierement. Il n’y a pas de superflu et tout est utilise d’une maniere ou d’une autre. Quant a la vie de menagere dans une ger, rien de plus crevant : il faut gerer le feu, la cuisine, les animaux, nettoyer (c’est vite sale), coudre, aider le mari pour une chose ou une autre… et le mari justement : comme sa femme, debout avec le jour (vers 5 heures en ce moment), il bricolle les trucs en panne (lors de notre venue, c’etaient les motos, completement desossees !), coupe du bois, construits ou entretient des parcs a animaux, s’occupe des animaux… rien d’une vie bien paisible, mais plutot un marathon permanent pour que l’equilibre de leur vie se maintienne. Le petit garcon n’est pas en reste dans cette organisation. A environ dix ans, il est poli, agreable et obeissant. Il ne rechigne jamais aux taches qu’on lui attribue : faire la vaisselle, aller chercher de l’eau a la riviere, s’occuper des animaux… et tout cela passe tout naturellement avant les loisirs. Par exemple, nous lui avons propose de faire une ballade avec nous. Il voulait bien venir, mais il avait la vaisselle a finir. Avant de nous accompagner, il l’a terminer sans se presser, tres consciencieusement. Si nous etions partis sans l’attendre, je suis certain qu’il aurait fini son travail. Nous avons imagine combien de parents pouvaient rever de gamins pareils. Apparemment, ici, en Mongolie, les parents n’en revent pas puisque les enfants ont presque tous l’air comme ca… Nous avons ete fascine par l’endurance et la gentillesse de cette famille. Tarima, notamment, nous a donne l’impression de vouloir absolument nous faire connaitre toutes les facettes de sa vie, en nous offrant tout ce qu’elle pouvait nous offrir d’agreable. Avec elle, nous avons appris les recettes des plats traditionnels mongols, nous avons fait du yaourt (pas des yourtes !), vu comment distiller de la vodka mongole (a base de lait). Tarima a ete fiere de nous montrer sa machine a coudre, sa collection de fils et de boutons, ainsi que tous les manteaux qu’elle a confectionnes (c’est une couturiere de talent). Grace a elle, et en restant deux journees completes dans la ger, nous avons enfin l’impression d’avoir reellement partage la vie d’une famille mongole. Les urbains nous paraissent maintenant culturellement differents et nous esperons fortement que la Mongolie ne perdra pas trop vite le tresor de ses familles nomades a cause des villes ou des touristes. Meme si cette famille a ete payee pour notre venue, son hospitalite n’a pas ete inventee et finalement, l’echange initial d’argent a evite tout qui-proco. La solution residerait-t-elle la ? Notre sejour se termine en Mongolie et nous avons profite hier d’une journee de beau temps pour partir marcher deux jours dans les montagnes qui bordent UB. Nous avons pu traverser des quartiers de la ville insoupconnes : des “chateaux” de type alsacien, des parcs de demeures huppees entoures de clotures, gardes par des societes de securite. Tout cela est neuf ou en construction. Nous avions discute avec quelqu’un qui etait venu en Mongolie quatre ans plus tot et qui etait revenu cette annee. D’apres cette personne, les choses evoluent tres vite et les ecarts de richesses entre les habitants sont beaucoup plus marques aujourd’hui. Nous osons a peine immaginer comment ce sera dans dix ans. Le reste de la ballade nous a montre que UB etait entoure de bien jolis coins. A deux ou trois heures de marche du centre-ville, nous avons plante notre tente au milieu d’une magnifique clairiere d’une des montagnes sacrees de la ville, entoures d’aigles, de marmottes et peut-etre de loups beaucoup plus discrets que la pluie nocturne (nous n’avons entendu que la pluie). C’est un grand regret pour moi : nous repartirons d’ici sans avoir entendu une seule fois hurler un loup… |